Art. 21 (27 nov. 2003)

LE PRESTIGE, UN AN APRES

L'arrivée de la mauvaise saison fait craindre les tempêtes et le retour du goudron (n.m. the tar) sur les plages (n.f. the beach) de l'Atlantique

 

1. Triste premier anniversaire! En novembre 2002, une violente tempête fait rage sur l'Océan Atlantique. Un pétrolier (n.m. the oil tanker) libérien, véritable poubelle (n.f. the dustbin), naviguant sous pavillon de complaisance (n.m. the flag of convenience), se brise en deux parties et coule (v.gr.1 to sink) au large du (off) Cap Finisterre. A son bord : 77 000 tonnes de fioul lourd, extrêmement polluant! Une nouvelle marée noire (n.f. the oil slick) s'abat sur les côtes de l'Atlantique!
Le fioul commence à s'échapper de l'épave (n.f. the wreck) et à se répandre sur les plages et les rochers, souillant (v.gr.1 to soil) les côtes des Canaries jusqu'à l'Ecosse (soit 3000 km)!

2. Au moment où le Prestige a été frappé par la tempête et s'est trouvé en grande difficulté, il était au large de l'Espagne et il a cherché à trouver refuge dans un port de l'Atlantique.
Mais ni l'Espagne ni la France ne voulait accueillir cette masse de produits polluants dans un de ses ports, et il a vite été trop tard pour envisager une autre solution au problème.
Les gouvernements espagnol et français se rejettent maintenant la responsabilité de cette nouvelle catastrophe maritime, insistant sur le fait que le pétrolier aurait dû être remorqué (v.gr.1 to tow) dans un port pour y être vidé (v.gr.1 to empty) de son fioul avant de se briser complètement et de faire naufrage.

3. Immédiatement, les boulettes (n.f. the small ball) de fioul sont arrivées sur les plages et se sont collées aux rochers. Les poissons, les mollusques et les crustacés (n.m. the shellfish) vivant dans les parages (in the vicinity) sont morts. Les oiseaux de mer se sont englués (v.gr.1 to get caught in lime) dans cette infâme mélasse brune. Les riverains n'ont eu d'autre recours que de retrousser leurs manches (v.gr.1 to roll up one's sleeves) et de s'équiper pour nettoyer, ramasser le goudron, ratisser (v.gr.1 to rake/to comb) le sable, gratter (v.gr.1 to scrape) les rochers. En plein hiver, chaque volontaire de cette armée de fourmis (n.f. the ant), équipé de combinaisons, de gants (n.m. the glove), de bottes et parfois aussi de masques, scrutait le ciel et faisait la grimace à la vue des nuages porteurs de nouvelles tempêtes. Car celles-ci ramenaient invariablement de nouvelles galettes (n.f. the pancake) noires sorties tout droit de l'épave. Et sans fin, ils ont recommencé pour que les touristes au printemps 2003 reviennent sur leurs belles plages!
Le coût de cette catastrophe ne cesse de s'alourdir (v.gr.3 to grow)!

4. En novembre 2003, le fioul continue de s'échapper de la carcasse (n.f. the shell) du Prestige. On estime que entre 14 000 tonnes (selon les autorités espagnoles) et 35 000 tonnnes (selon d'autres sources) de pétrole brut restent prisonnières de l'épave. Alors diverses solutions ont été tentées pour extraire le pétrole prisonnier par 3800 m de fond. Et le temps presse car la corrosion qui menace la coque (n.f. the hull) brisée pourrait accélérer la fuite du liquide visqueux qui remonterait à la surface et dériverait (v.gr.1 to drift) vers les côtes.
Comment sortir le fioul? On a proposé un système de marquise (n.f. the awning) placée au-dessus de l'épave. On libérerait le fioul et on le récupérerait dans le piège (n.m. the trap) ainsi constitué et on le pomperait.
On a aussi fait des essais de navettes (n.f. the shuttle) de sacs entre l'épave et la surface. On remplit des sacs et on les remonte un par un à la surface et on les vide. Ce processus est très lent. Jusqu'ici, on n'a réussi à remonter que 100 tonnes de fioul.
Le pompage à lui seul a déjà coûté 60 millions d'euros!
Le coût total des dommages, lui, est estimé à un milliard d'euros!

5. Et les poissons dans tout cela?
Selon certains experts, une génération entière de poissons, mollusques et crustacés est perdue!
Certes, les autorités espagnoles annoncent que toutes les zones de production sont ouvertes à la pêche, mais certains poissons déclarés pêchables sembleraient impropres à la consommation.
Alors, les pêcheurs oscillent entre la colère et le désespoir (n.m. the despair). Même s'ils ont reçu des indemnités (n.f. the compensation) pour compenser leurs pertes, (1200 euros par mois) ils savent que si des lois ne sont pas votées et appliquées, les côtes vivront sous la menace constante d'une nouvelle marée noire. Et c'est leur gagne-pain (n.m. the livelihood) qui est en jeu! En cela, ils sont soutenus par les défenseurs de l'écologie qui se désespèrent de voir le traitement infligé à l'environnement!
Faut-il rappeler que deux des quatre premiers (d'une série de treize) bateaux poubelles américains viennent d'arriver en Grande-Bretagne pour y être démantelés, et que ces navires sont des bombes sur mer, tellement ils contiennent de produits toxiques?

6. Alors, où en sommes-nous, côté législation? A la suite du naufrage de l'Erika survenu au large des côtes bretonnes en 1999, des mesures (Erika I et Erika II) ont été prises, mais elles tardent à être mises en oeuvre. Normalement, les textes obligent les Etats de l'Union européenne à inspecter 25% des navires qui accostent (v.gr.1 to dock) dans leurs ports, mais il semble que ces critères ne sont pas vraiment respectés! Une liste noire des bateaux bannis des ports européens devra être établie et les pétroliers à coque simple (type Prestige) devront être totalement interdits sur les mers à partir de 2015 au plus tard.
En outre, le 5 février 2004, les Quinze (pays membres de l'Union européenne) doivent désigner chacun des zones refuge pour les navires en difficulté. Le choix sera difficile, sans aucun doute, car personne n'accepte de bonne grâce de servir de poubelle!

C'est bien le problème qui préoccupe maintenant le milieu maritime dans le cas des bateaux poubelles américains en route à travers l'Atlantique, en période où les tempêtes sont fréquentes, pour finir dans les chantiers navals britanniques. Avant d'arriver à destination, ils longeront (v.gr.1 to go along) la Péninsule ibérique et les côtes de la France, et les volontaires portugais, espagnols et français qui ont si durement travaillé pour que les plages retrouvent leur attrait et les poissons leur milieu naturel propre, ne peuvent s'empêcher (v.gr.1 to refrain from doing sth) d'être amers!

ENEFF 2003