Art. 64 (30 novembre 2005)


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LES LOGEMENTS SOCIAUX

Les émeutes qui ont secoué la France récemment, mettent le doigt sur un problème loin d'être résolu : la pénurie de logements sociaux.

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1. L'agitation de ces dernières semaines, menée par les jeunes des banlieues défavorisées a mis en lumière de nombreux facteurs de mécontentement : échec scolaire, formations mal adaptées aux demandes du marché, difficulté à trouver un emploi, démission des parents et des enseignants, trafic de drogue, manque d'encadrement des loisirs des jeunes ...
Et tout le monde commence à s'agiter pour trouver rapidement des solutions et mettre en place des programmes de lutte contre les inégalités.
Les banlieues où les troubles ont éclaté concentrent des populations d'immigrés ou de descendants d'immigrés qui ne se sentent pas intégrés au milieu social français. L'amélioration des conditions de logements, mais surtout la construction de logements sociaux partout en France et pas seulement dans des banlieues "ghettos" serait un pas vers la mixité entre les communautés ethniques.

2. Ce problème du logement est absolument crucial, surtout en cette période de l'année. Du 1er novembre au 15 mars, la "trêve hivernale" interdit d'expulser les personnes de leur logement, même si elles n'ont pas payé leur loyer. Cette trêve concerne un nombre de plus en plus grand de personnes aux faibles revenus. En effet, les statistiques montrent qu'il y a de plus en plus de pauvres et de cas d'expulsion pour loyers impayés. Les organisations caritatives comme le Secours Catholique ou des personnalités comme l'Abbé Pierre, soulignent une fois de plus l'urgence de remédier à une situation dramatique. En 2004, 27,5% des personnes accueillies par le Secours Catholique avaient un logement précaire, contre 24,5% en 2000. Plusieurs dizaines de familles sont ainsi menacées de se retrouver à la rue! Grâce à cette trêve hivernale, elles seront garanties d'avoir un abri jusqu'au printemps. Et après?

3. Le chômage et le coût de la vie augmentent, mais aussi, l'immobilier atteint des sommets, avec une augmentation annuelle des loyers, de 4% dans la plupart des régions, contre 2% pour le coût de la vie. Les salaires, eux, sont rarement en hausse de plus de 2% -quand ils ne sont pas gelés! Pour faire face aux demandes de logements sociaux de plus en plus nombreuses, le gouvernement, avec la loi de Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) a décidé d'obliger les communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France) situées dans des agglomérations de plus de 50 000 habitants, à se doter d'au moins 20% de logements sociaux. Cela devait être mis en application pour fin 2004. Mais on constate, en cette fin 2005, que beaucoup de communes sont loin d'avoir rempli leur contrat!

4. Jamais la France n'a connu un tel manque de logements sociaux! Un million de familles sont sur la liste d'attente. Mais les conditions à remplir sont dures: il faut un revenu minimum et ne pas avoir des ressources supérieures à un certain plafond (pour un couple sans enfant : 1 600 euros imposables mensuels). Parmi les locataires du parc social (HLM), on trouve en majorité des familles françaises  stables aux ressources régulières mais pratiquement pas d'étrangers ni de demandeurs d'asile. Les demandeurs d'emploi non indemnisés (jeunes sans expérience professionnelle, femmes qui retournent sur le marché du travail après avoir élevé leurs enfants, chômeurs en fin de droits) représentent une part importante des personnes à la recherche d'un logement social. Il faut y ajouter les familles monoparentales (3 familles sur 5) : éclatement du couple à la suite d'un divorce ou mères qui élèvent seules leur enfant, célibataires qui ne veulent plus habiter avec leurs parents mais qui n'ont pas nécessairement un travail... ou qui ont un emploi précaire donc pas de garantie à fournir!

5. Le Ministre de l'Emploi et de la Cohésion Sociale, Jean-Louis Borloo, a bien décidé la démolition des logements insalubres pour les remplacer par des constructions neuves, aux normes. Mais les nouveaux bâtiments tardent à être construits, et le loyer que les futurs occupants devront payer sera plus élevé que celui qu'ils payaient dans leur taudis! On a vu de dramatiques incendies dans des hôtels "de transition" à Paris, où des familles entières s'entassent dans des chambres insalubres et délabrées en attendant qu'un logement social leur soit attribué. Ils ont pourtant un travail, une carte de séjour en règle, voire la nationalité française! Des enfants y ont perdu la vie.
Faute de pouvoir trouver un logement, certaines familles ont décidé de vivre dans des caravanes, posées sur des terrains de camping en bordure des villes (comme par exemple à Toulouse). Les douches sont à l'autre bout du terrain et la caravane, souvent très exigüe, est difficile à chauffer. Lorsque les enfants n'ont pas de place pour s'asseoir à une table pour faire leurs devoirs, doit-on s'étonner de les trouver dans la rue?

6. L'Etat possède des terrains inconstruits et à l'abandon. Pourquoi ne pas y construire des logements accessibles aux familles avec des revenus faibles? Des logements appartenant à des particuliers restent vacants parce que les propriétaires espèrent que l'immobilier va continuer à prendre de la valeur (35 à 50% en trois ans dans certaines régions). Ne peut-on pas prendre des mesures pour les obliger à y loger des pauvres?
C'était le cri lancé par l'Abbé Pierre en ce terrible hiver 1955. Il semble que l'attrait de l'argent rend sourds certains spéculateurs.

 

ENEFF 2005